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Fans (les)

Je suis fan de Doctor Who (et de Star Wars, Battlestar Galactica, X-Files, Ghostbusters, Ted Lasso…). Toi, tu es fan de quoi ? On dirait que depuis quelques années, c’est devenu la norme de se dire fan de quelque chose : ton oncle est fan de Game of Thrones, ta mère est fan des Filles de Caleb, ta petite-cousine est fan de la Pat’ Patrouille, ton grand-père est fan de Céline Dion (ben oui, être fan de Céline ça n’a pas de genre !)… On se trouve face à un monde où s’identifier comme fan est attendu, et c’est tant mieux ! À une autre époque, certains types de fan (ou adepte d’une production médiatique, d’un·e artiste, d’une équipe de sport, etc.) vivaient de la pression sociale. Tu pouvais te faire traiter de nerd, surtout si tu montrais ton appréciation pour des productions dites « de genre » (ici, je pense notamment aux œuvres de science-fiction ou d’univers fantastiques). Tu pouvais subir la présomption d’une obsession démesurée pour l’objet adoré : un·e fan, ça pense à son objet culturel préféré jour et nuit. Être fan, ce n’est pas être obsédé ou être geek, c’est tout simplement s’affirmer comme étant enthousiaste face à quelque chose. Ce « quelque chose » est vaste : œuvres médiatiques, équipes de sport, artistes, marques… tout y passe !   La diversité derrière le « fan » et ses intérêts se perçoit dès ses origines. Le mot aurait été utilisé pour la première fois en Angleterre, au 17e siècle, pour abrévier le mot « fanatique », mais c’est au 18e siècle où le mot trouve son sens (Fan Culture, 2021). C’est un journaliste états-unien qui l’utilise pour la première fois pour identifier les amateur·ice·s de baseball ; au fil du temps, le sens s’est élargi aux amateur·ice·s de films, de musiciens et, à partir du 20e siècle, de productions radiophoniques et de bandes-dessinées (Fan Culture, 2021).  Considérer le-la fan comme étant obsessif·ve mène à une pathologisation de l’individu. Les fans ont longtemps été considérés anormaux en raison de leur rapport « irrationnel » à leur objet de passion (Hills, 2002). L’émergence des études de fans à l’université dans les années 1990 a participer à légitimer l’image des fans. Au lieu de voir cette identité comme étant associée à l’excès ou comme un problème à régler, les études de fans dirigent l’attention vers ce que ces individus font. Oui, un-e fan aime quelque chose, mais ça ne s’arrête pas là. Il existe une véritable culture fan, avec ses propres codes et pratiques. Les fans sont des individus qui sont actifs : iels ne regardent pas simplement une production donnée, iels s’en inspirent pour créer autre chose (notamment des fanfictions). Bourdaa (2019) parle de « réception sans fin » pour qualifier l’interaction entre le-la fan et l’objet de son adoration. En gros, le fait de regarder un film ou une émission n’est plus une fin en soi, mais le début d’un processus de consommation médiatique qui se passe sur le temps long. L’objet inspire donc des créations, mais joue aussi un rôle dans la construction identitaire du-de la fan. Ce rôle peut nous changer à plus petite échelle (nous pousser à porter un t-shirt à l’effigie du Capitaine Charles Patenaude) ou peut nous changer profondément, en menant le-la fan à l’adhésion à certaines valeurs, comme l’entraide ou l’ouverture d’esprit.   Être fan, c’est aussi faire partie d’une communauté : un fandom. Avec les réseaux sociaux, il est maintenant beaucoup plus facile de retrouver celleux qui partagent une appréciation pour une production donnée. Pour certain-e-s fans, ce regroupement est vital ; le fait d’être fan s’est démocratisé, mais tout n’est pas toujours rose. La possibilité de connecter avec des individus ayant des goûts et des valeurs similaires donne l’occasion aux fans de s’épanouir pleinement au sein d’un milieu où iels sont compris-es. Comme le disait si bien le Capitaine Charles Patenaude dans l’émission Dans une galaxie près de chez vous, « Quand on est seul on est souvent moins nombreux ». Être seul-e, en tant que fan, c’est perdre une occasion en or de rencontrer des gens qu’on n’aurait autrement jamais croisé et créer des amitiés qui perdurent au-delà des frontières et des fuseaux horaires.   Mai 2025.

Snoopy

Snoopy, le beagle emblématique du comic-strip Peanuts créé par Charles M. Schulz, fête ses 75 ans cette année. Depuis sa première apparition, Snoopy est cependant devenu bien plus qu’un chien de compagnie ; il a été pilote d’avion, étudiant à l’université, écrivain, chef scout, astronaute, musicien, danseur, joueur de baseball, patineur artistique, et la liste continue.   Il a son propre ballon à la parade Macy’s pour Thanksgiving, il a son étoile sur le Hollywood Walk of Fame. On le retrouve partout dans des collaborations commerciales entre la marque Peanuts et virtuellement une infinité de types d’objets différents, de la vaisselle à la mode en passant par les jouets, les avions et les parcs d’attractions. Au Japon, il est tellement iconique qu’il a son propre musée, sa chaîne de magasins et même des hôtels. Snoopy, et plus largement Peanuts, ont aussi influencé énormément d’artistes comme Matt Groening (The Simpsons), Jim Davis (Garfield) ou Matt Watterson (Calvin et Hobbes).  Ce personnage de fiction des plus mythiques de la culture populaire n’a pourtant jamais prononcé le moindre mot. Il ne communique qu’en onomatopées, en grimaces et en gestes. Ses pensées sont matérialisées dans des bulles que seul lui et les lecteur.ice.s sont capables de voir, quoique ça n’a pas toujours été le cas.  Snoopy apparaît pour la toute première fois dans un strip du 4 octobre 1950. Il ne se tenait pas encore sur ses deux pattes, était plus petit, et n’exprimais pas ses pensées. À l’origine, il n’est même pas le chien de Charlie Brown, le protagoniste de Peanuts ; c’est juste un chien du voisinage qui traîne avec les enfants de la série. C’est au courant des années 50 que son statut de chien de compagnie est officiellement confirmé. En 1952 on voit pour la première fois ses réflexions. En 1957, il apprend à marcher sur ses pattes arrières ; de la seconde moitié des années 50 au milieu des années 60, l’apparence de Snoopy s’anthropomorphise petit à petit, délaissant l’apparence relativement réaliste d’un beagle, pour acquérir des traits de plus en plus humains. À la fin des années 60, l’humanisation de Snoopy est quasi-complète ; il est capable de marcher, de danser, d’écrire, de voler, de patiner, de jouer au baseball, tout cela sans que l’absurdité de la situation ne soit reconnue par aucun des autres personnages.  Il développe des caractéristiques humaines ; il est claustrophobe, donc il ne peut pas rentrer dans sa niche et dort sur le toit. Il aime les biscuits et la root beer, il sait lire et taper à la machine à écrire. Il se réfugie de plus en plus dans des scénarios fantaisistes où il s’imagine des vies alternatives, la plus célèbre étant son alter -ego de pilote d’avion de la Première Guerre mondiale combattant son rival le Baron Rouge.   1 Snoopy dans la culture populaire De gauche à droite : 1- Collection personnelle de l’auteur ; 2- Entrée du Snoopy Museum Tokyo (photo de l’auteur) ; 3- Entrée du Snoopy Garden Jeju (photo fournie par L. Ouriou) ; 4- Biscuit Snoopy (photo de l’auteur) ; 5 & 6- Sculptures du Snoopy Garden Jeju (photos fournies par L. Ouriou). 7- Strip de Snoopy (Archive personnelle de l’auteur) La popularité de Snoopy devient telle qu’il éclipse peu à peu les autres personnages de la série. Pour beaucoup de lecteur.ice.s, Snoopy est une mascotte qui représente le refuge dans l’imagination, une façon pour lui de survivre face à l’inévitable morosité d’une vie de chien. C’est sans doute un des premiers éléments qui pourraient expliquer sa popularité hors -norme ; Snoopy peut être ce qu’il veut par le pouvoir de l’imagination et du fantasme, un message simple, mais fort qui parle autant aux enfants qu’aux adultes.  Les adultes sont totalement absents du comics. Ils sont toujours hors-cadre durant leurs rares interventions et dans les dessins animés Peanuts, leur voix est symbolisée par des bruits dissonants de trompette. Peanuts est une série qui prend place dans un monde d’enfants, duquel les adultes sont bannis. Leur présence représente une menace à l’imagination débordante des enfants et de Snoopy.  Paradoxalement, la série aborde des thèmes très adultes, comme la dépression, la religion, la guerre ou l’environnement par le biais des enfants ou des interventions sarcastiques de Snoopy. Ce dernier adopte un point de vue extérieur au monde des humains, donnant à Schulz l’avenue idéale pour le commentaire social de la série.  Ce cadre exclusivement enfantin apporte aussi quelque chose de très nostalgique à l’univers des Peanuts. Premièrement, la série est intemporelle : les enfants ne grandissent jamais, ou de manière asynchrone. Lucy, par exemple, est un bébé au début de la série, mais grandit pour avoir le même âge que Charlie Brown, tandis que ce dernier est éternellement coincé à huit ans et demi. Les différents gags se termineront toujours de la même manière : Lucy va toujours lever le ballon quand Charlie Brown va vouloir le frapper ; Snoopy se fera toujours descendre par le Baron Rouge. Le temps n’avance pas dans Peanuts, il est figé dans un écrin teinté de rose et sera toujours le même, peu importe les années. Cela ne signifie pas que les choses n’évoluent pas : Snoopy, lui, a bien évolué, et la série a introduit de nouveaux personnages et s’adapte à l’actualité. Mais les enfants resteront toujours des enfants, rappelant aux adultes qui ont grandi avec lui (ou pas) de regarder en arrière vers ce temps préservé. Le sociologue Fred Davis (1979) dit que la nostalgie est associée à un désir de retourner à l’enfance, quelque chose que les personnages de Peanuts incarnent puisque fixé dans cette temporalité. Si, comme le dit Svetlana Boym (2001), la nostalgie a aussi tendance à survenir dans de cas de crises, pour soulager les angoisses du présent quand elles prennent trop de place, alors il n’est pas si étonnant que Snoopy et les personnages de Peanuts soient toujours aussi populaires après soixante-quinze ans d’existence.  Photo de l’auteur au Snoopy Museum Tokyo Puis, il est aussi très